Projets de recherche complétés

LIEUX DE SOCIABILITÉ LITTÉRAIRE FRANCO-CANADIENS : 1950-2000 (2020-2025)

Ce projet cherche à mieux comprendre le rôle des lieux de sociabilité littéraire dans le développement des littératures franco-canadiennes et leurs fonctions dans le processus de consécration des écrivains minoritaires. Les questions qui orienteront les recherches sont : Où se rencontrent les écrivains franco-canadiens? Où prennent naissance les institutions littéraires alors mises sur pied au Nouveau-Brunswick, en Ontario et au Manitoba ? Qui sont les membres les plus actifs dans ce processus d’institutionnalisation ? Quelle vision de la littérature promouvaient-ils ? L’objectif principal de ce projet est de mieux comprendre le fonctionnement des lieux de sociabilité littéraire afin d’appréhender comment ils servent aux écrivains à se positionner et à se définir entre eux, dans une région géographique précise, mais aussi à travers le pays. Il s’agira de voir pourquoi et comment ces lieux sont privilégiés et de cerner leur influence sur leurs échanges et la trajectoire des écrivains qui s’y rassemblent. Les fonctions des lieux, le genre d’activités qui y sont tenues seront au cœur de l’analyse et permettront de définir leur valeur symbolique (avant et après la sociabilité littéraire qui y prend forme). Trois moments seront ciblés, soit celui de transition entre les institutions traditionnelles et les institutions modernes (années 1950-1960), celui où les institutions littéraires franco-canadiennes se mettent en place (années 1970 et 1980) et celui où elles se trouvent confrontées à une mondialisation grandissante (années 1990 et 2000). Ce projet cherchera par ailleurs 1) à préciser et reconceptualiser la notion de lieux de sociabilité en fonction des analyses qui auront été faites durant la recherche car celle-ci reste vague dans les travaux consultés ; 2) à définir, catégoriser et reconstituer les lieux de sociabilité littéraire franco-canadiens; 3) à cerner le capital relationnel qui découle de ces échanges; 4) à comprendre le rôle sociabilitaire des principaux lieux de sociabilité littéraires et leur transformation à la suite de la Révolution tranquille. Trois types de lieux seront étudiés : les lieux physiques : Centre culturel Aberdeen (Moncton), Centre culturel franco-manitobain (Saint-Boniface), Carrefour francophone de Sudbury, la Nouvelle-Scène et l’Institut canadien-français d’Ottawa (Ottawa), les universités (Ottawa, Moncton, Saint-Boniface et Laurentienne à Sudbury); les activités de regroupement et la place de la littérature : la Société de conférences et de débats (Ottawa), la Nuit sur l’Étang (Sudbury), le Festival des voyageurs (Saint-Boniface), le Festival franco-ontarien (Ottawa), le Congrès mondial acadien, les salons du livre (Outaouais, Hearst, Sudbury, Dieppe…), le Festival international de littérature de Montréal et le Festival international de poésie de Trois-Rivières et les revues : Liaison, Astheure, les revues universitaires (Sudbury, Moncton, Ottawa), Cahiers du CEFCO, Atmosphères et les revues de création littéraires. Toutes souvent éphémères. Le but final est de comprendre comment se construisent, se maintiennent ou parfois se dissolvent des communautés d’écrivains minoritaires afin d’identifier la valeur symbolique des lieux, de déterminer selon quelles conditions un lieu de sociabilité assure la continuité d’une communauté, et d’étudier la vie littéraire en fonction des relations sociales concrètes et leur impact sur la vitalité des communautés. Cette étude s’avère cruciale pour mieux comprendre le développement des littératures franco-canadiennes parce qu’elle n’examinera pas que les liens entre les acteurs d’un seul milieu mais aussi les rapports que les acteurs d’une région entretiennent avec ceux des autres régions incluant le Québec.

Ce projet a bénéficié de l’appui financier du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada

AUTOUR DE GILLES PROVOST : FAIRE L'HISTOIRE DES THÉÂTRES FRANCOPHONES DES DEUX RIVES DE L'OUTAOUAIS (2021-2023)

Projet financé par le Programme d’appui à la recherche du Secrétariat aux relations canadiennes, Gouvernement du Québec; 2021-2023.

Projet en collaboration avec la Société québécoise d’études théâtres, chercheuse principale : Lucie Hotte; co-chercheuse : Nicole Nolette; assistant de recherche : Alexandre Gauthier.

Ce projet portait sur l’œuvre magistrale de l’homme de théâtre Gilles Provost (1938-2024), qui est à l’origine du théâtre franco-ontarien professionnel, dont l’avènement se produit dans les années 1960. Pendant ses 60 ans de carrière, il a œuvré au développement d’un théâtre professionnel en Outaouais et en Ontario, en faisant découvrir au public des auteurs, des comédiens et des metteurs en scène francophones de la région. Ce qui ressort de sa très riche trajectoire est son engagement dans les milieux culturels tant québécois qu’ontariens. Il incarne un lien vivant entre deux communautés francophones, celle du Québec en situation majoritaire et celle de l’Ontario en situation minoritaire. En 2019, Gilles Provost a confié ses archives au Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l’Université d’Ottawa (CRCCF). Ce fonds vient compléter celui déposé en 1981 à Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Gatineau (BAnQ Gatineau). D’une richesse exceptionnelle, ces fonds d’archives contiennent des informations sur les productions théâtrales auxquelles il a participé ainsi qu’une abondante documentation sur les différentes compagnies de théâtre avec lesquelles il a travaillé ou qu’il a dirigées. Les archives de Gilles Provost révèlent son engagement individuel dans le milieu des arts en Outaouais et en Ontario. Plus largement, elles témoignent de l’importance du théâtre dans le développement de la culture des communautés francophones, qu’elles soient ou non en situation minoritaire. Or ces archives et les contributions de Gilles Provost à l’histoire du théâtre francophone canadien demeuraient encore largement méconnues.

Le projet portait sur la figure de Gilles Provost, en raison de son importance dans l’histoire du théâtre francophone contemporain en général et de par la spécificité de sa trajectoire qui prend place dans deux communautés francophones. Dans un premier temps, il s’agissait de rendre accessibles les archives de Gilles Provost au public grâce à la production d’un instrument de recherche en ligne détaillé. Une connaissance fine de ce patrimoine documentaire, a été décrit et indexé dans une base de données en ligne, ce qui a permis sa diffusion auprès des communautés francophones du Canada. Cette diffusion s’est effectuée dans la base de données AtoM du CRCCF, dans le catalogue Advitam de BAnQ Gatineau et par le biais d’une exposition physique et virtuelle de documents d’archives du fonds du CRCCF. Elle a également pris la forme de fiches documentaires présentant les compagnies théâtrales autour desquelles Gilles Provost a gravité tout au long de sa carrière publiées sur le site du Laboratoire de recherche sur les cultures et les littératures francophones du Canada. Une table ronde a eu lieu lors du lancement de l’exposition. Enfin, un colloque s’est tenu à l’Université d’Ottawa

Retombées :

ARCHIVES ÉDITORIALES (2017-2020)

Les archives de l’édition recèlent une partie de la mémoire qui éclaire les chemins de notre patrimoine collectif. C’est guidé par cette conviction que nous présentons ce programme de recherche en partenariat consacré aux archives éditoriales. Le partenariat réunit des universités abritant des centres de recherche et des chaires de recherche, l’Institut Mémoire de l’Édition Contemporaine et l’Association nationale des éditeurs de livres. Ce projet vise à encourager dans la Francophonie du Nord l’acquisition, la conservation (physique et numérique) et la valorisation des archives éditoriales, ainsi que l’analyse des documents d’archives des éditeurs.

Centré sur la période allant de la fin de la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui, le projet fera surgir des archives des questions essentielles : où sont les archives éditoriales ? Comment sont organisées ces archives ? Comment favoriser l’acquisition, la conservation et la valorisation des archives éditoriales ? Que nous révèlent-elles en termes de relations entre les discours et les actes d’un éditeur, en termes de luttes de pouvoir (de groupes sociaux, de sexe, d’ethnie), en termes de réactions aux crises internes (par exemple l’apparition du livre électronique) ou externes (telle la Seconde Guerre mondiale) ? Quels réseaux les archives des éditeurs belges, suisses, français, franco-ontariens et québécois font-elles surgir ?

Pour répondre à ces questions, le programme se fixe cinq objectifs : 1) Jeter les bases d’une réflexion commune sur les archives éditoriales : leur nature, leur développement, leur utilisation et leur traitement, leur contribution : 2) enrichir la compréhension des fonctions de l’éditeur à travers l’analyse de ses discours ; 3) étudier la circulation des discours de l’éditeur à une échelle transnationale ; 4) consolider et élargir les bases d’un partenariat entre chercheurs universitaires et organismes dépositaires d’archives éditoriales au Canada et en Europe francophone; 5) élaborer une plateforme numérique commune de valorisation à l’échelle francophone des archives éditoriales (voir www.archiveseditoriales.net)

Notre programmation produira des résultats sur les plans de l’avancement des connaissances, de la formation et de la transformation des pratiques. Les activités de concertation auront pour but de doter les partenaires d’outils communs pour le partage et l’analyse des documents d’archives. Deux outils majeurs seront développés : une plateforme de diffusion accessible à tous les chercheurs et les partenaires et un protocole de traitement des archives éditoriales conçu conjointement et approuvé par les chercheurs et les archivistes. Des activités de recherche seront menées sur des fonds d’archives dans les quatre pays concernés et donneront lieu à des monographies, des analyses comparatives à travers la francophonie et des échanges entre chercheurs et partenaires : journées d’études, colloques, expositions numériques, cahiers de recherche, blogue, numéro de revue, ouvrage collectif. Ce projet jettera les bases d’une des plus importantes entreprises de recherche internationale en partenariat sur le monde de l’édition contemporain. Seront réunis certains des plus importants spécialistes de l’histoire du livre et de l’édition francophone, des centres de recherche et des instituts reconnus internationalement ainsi qu’une association professionnelle d’éditeurs.

Ce projet a bénéficié d’un appui financier du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada

LES RÉSEAUX LITTÉRAIRES FRANCO-CANADIENS 1970-2010 (2015-2020)

Ce projet porte sur les rapports qui unissent les institutions littéraires acadienne, franco-manitobaine, franco-ontarienne et québécoise tant du point de vue des collaborations entre les organismes (co-édition, création d’organismes communs en édition, en recherche ou en critique littéraire) que des collaborations entre les individus (rencontres d’écrivains, écriture conjointe de livres, etc.). Cette étude qui porte plus particulièrement sur les institutions littéraires franco-canadiennes minoritaires en Acadie, en Ontario et dans l’Ouest canadien s’avère cruciale pour mieux comprendre leur développement parce qu’elle n’examinera pas que les liens entre les acteurs d’un seul milieu mais aussi les rapports que les acteurs d’une région entretiennent avec ceux des autres régions incluant le Québec. L’objectif principal du projet est de mieux comprendre le fonctionnement des réseaux littéraires franco-canadiens minoritaires en analysant les relations entre les actants des divers milieux. Deux moments seront ciblés, soit celui où les institutions littéraires se mettent en place (années 1970 et 1980) et celui où elles se trouvent confrontées à une mondialisation grandissante (années 1990 et 2010). Les objectifs secondaires visent à 1) définir, catégoriser et reconstituer la structure des réseaux et les relations qui unissent les divers acteurs; 2) cerner le capital relationnel qui découle de ces échanges; 3) comprendre les parcours des plus importants acteurs de chaque région dans les sphères éditoriale, critique et auctoriale par une analyse des données qui seront archivées dans la base de données qui sera créée dans le cadre du projet; 4) repenser le fonctionnement des littératures minoritaires en conceptualisant leur mise en réseau afin 5) d’étudier la vie littéraire en fonction des relations sociales concrètes. Une douzaine d’acteurs seront analysés plus en détail:

– Volet éditorial : Éditions d’Acadie, Éditions Perce-Neige, Éditions Prise de parole, Éditions du blé et Éditions des plaines. Cette étude s’appuiera sur la recherche déjà menée dans les fonds d’archives des Éditions du Vermillon et des Éditions de l’Interligne ainsi que des entretiens réalisés dans le cadre du projet « Constructions d’une mémoire française à Ottawa » (CRSH 2011-2014; chercheure principale : Anne Gilbert). Acteurs ciblés : Gérald Leblanc, J.R. Léveillé, Annette Saint-Pierre et Robert Dickson. Autres acteurs importants : Marcel Ouellette, Gaston Tremblay, denise truax.

– Volet critique : acteurs ciblés pour l’Acadie : Marguerite Maillet, Raoul Boudreau; pour l’Ontario: François Paré; pour le Manitoba : Rosmarin Heidenreich. Cette étude se fondera sur les travaux de ma chaire (CLFC 2009-2013) sur Fernand Dorais et René Dionne (Ontario).

– Volet auctorial : acteurs ciblés pour l’Acadie : Herménégilde Chiasson, Dyane Léger et France Daigle; pour l’Ontario : Patrice Desbiens, Daniel Poliquin et Andrée Lacelle; pour le Manitoba : J.R. Léveillé (en tant qu’auteur), Simone Chaput et Lise Gaboury-Diallo.

Les résultats seront diffusés en ligne par le biais d’un site internet qui donnera également accès à la base de données ainsi que par les voies plus traditionnelles des communications dans des colloques et de la publication d’articles et de livres.

Ce projet a bénéficié de l’appui financier du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

La fabrication d’une littérature : évolution de la critique littéraire en Ontario français (2009-2014)

Il s’agit, dans le cadre de ce projet, d’élaborer une histoire de la critique littéraire en Ontario français en la situant dans la question plus large de la réception des littératures minoritaires. Si les lecteurs étrangers abordent les oeuvres minoritaires en fonction de grilles de lecture déterminées d’avance par leurs idées préconçues à l’égard des «_petites littératures_», qu’en est-il des critiques qui s’intéressent à ces oeuvres? Voilà la question qui orientera cette recherche.

La première étape de ce projet sera de cerner les différentes définitions des littératures minoritaires afin de voir dans quelles mesures elles orientent la réception de ces oeuvres, puisque, comme l’écrivait Jean-Louis Major, toute définition de la littérature fixe «_un cadre épistémologique où s’inscrira toute méthode critique_» (1985, 130). Depuis la célèbre définition de Gilles Deleuze et Félix Guattari (1975) de ce qu’ils nomment «_les littératures mineures_», jusqu’à sa remise en question par de nombreux jeunes critiques en passant par le concept de «_littérature de l’exiguïté_» proposé par François Paré (1992), plusieurs critiques ont tenté de définir la spécificité des littératures émanant de groupes culturels ou linguistiques minoritaires. Toutefois, personne n’a jusqu’à présent fait une étude approfondie des diverses définitions proposées. C’est donc ce que je me propose de faire ici. Certaines questions orienteront mon étude, dans cette première étape_: Dans quelle mesure ces littératures sont-elles perçues comme des littératures régionales, si ce n’est régionalistes, de moindre importance que les corpus nationaux? Dans quelle mesure la défense d’une «_littérature-monde_» de langue française peut-elle leur être favorable ou défavorable? L’objectif ultime de ce premier volet de la recherche est de mieux comprendre la place qu’occupent les «_petites_» littératures et en particulier la littérature franco-ontarienne dans l’économie de la «_République mondiale des lettres_» telle que définie par Pascale Casanova (1999).

Dans un deuxième temps, il s’agira d’étudier le discours des trois principaux critiques et théoriciens de la littérature franco-ontarienne, soit Fernand Dorais, René Dionne, et François Paré, afin de cerner la définition qui sert de cadre épistémologique à leur approche des textes franco-ontariens. Je procéderai d’abord à une analyse détaillée de leurs écrits critiques. En effet, deux de ces critiques, soit Fernand Dorais, René Dionne ont entrepris leur travail de critique a un moment clé de l’histoire littéraire de l’Ontario français, soit durant les années 1970 et au début des années 1980 alors que naît une véritable institution littéraire franco-ontarienne. Ils ont tous les deux participé, chacun à leur façon, à la création de cette institution littéraire soit en rédigeant des textes programmatiques, des histoires de la littérature ou en colligeant des anthologies. François Paré, pour sa part, arrive sur la scène littéraire franco-ontarienne à la fin des années 1980. L’étude de son oeuvre plus théorique, soit ses essais Les littératures de l’exiguïté, Théories de la fragilité, La distance habitée et Le fantasme d’Escanaba, visera à cerner l’influence de ses prédécesseurs sur sa conception des littératures minoritaires en général et de la littérature franco-ontarienne en particulier. Cependant, si les écrits plus «_théoriques_» de ces trois chercheurs permettent d’en déduire la conception de la littérature franco-ontarienne qu’ils énoncent explicitement, il reste à savoir si c’est celle-ci qui sert de fondement à leur analyse des textes littéraires franco-ontariens ou s’il y a derrière le discours explicite une autre conception, peut-être même inconsciente, qui oriente leur lecture des textes. Il s’agira donc aussi de décortiquer leurs écrits critiques, comptes rendus et articles d’analyse, afin de dégager l’«_horizon d’attente_» (Jauss, 1978) qui est le leur. Cette étude se fondera sur divers travaux portant sur l’histoire de la critique littéraire au Québec dont, entre autres, l’article de Maurice Lemire, «_L’instance critique_» (1989), la «_Brève histoire de la critique littéraire au Québec_» de Jacques Allard (1991) et, en particulier, le livre de Nicole Fortin, Une littérature inventée. Littérature québécoise et critique universitaire (1965-1975) (1994). Dans cette étude, Nicole Fortin examine l’évolution de la critique littéraire au Québec par le biais d’une analyse de textes critiques parus dans trois revues_: Études françaises, Études littéraires et Voix et images du pays. Ces études s’intéressent ainsi à l’évolution de la critique littéraire au Québec. Tout en constituant des oeuvres de référence, il n’en demeure pas moins qu’elles portent sur un corpus précis et différent et, surtout, qu’elles ne prétendent pas élucider les liens entre le contexte de production minoritaire et le type de critique qui existe à un moment donné, même si elles soulignent parfois l’interaction entre les contextes de production et réception. Les travaux de Nicole Fortin me seront également utiles dans l’analyse des textes critiques. En effet, bien que je m’inspirerai des diverses études sur la critique littéraire dans différents contextes, j’adopterai une méthode analogue à celle proposée par Nicole Fortin, qui cherche «_à rendre compte de l’objectivation des valeurs et de la rhétorique de leur présentation [par] l’emploi des théories argumentatives et axiologiques, qui concernent autant l’enchaînement logique des énoncés que la systématisation des jugements, des idées et des valeurs_». Ainsi, l’analyse du discours critique s’intéressera également à la «_mise en mots_» des jugements de valeur portés sur les textes.

Le troisième volet de cette recherche portera sur la canonisation de certaines oeuvres du corpus minoritaire et l’absence d’autres oeuvres du discours critique. Le phénomène de la canonisation de certaines oeuvres et de l’exclusion d’autres oeuvres est entièrement fondé sur les présupposés qu’entretient l’institution littéraire à l’égard de la production littéraire. Il s’agira donc de cerner comment certaines oeuvres réussissent à franchir «_les étapes hasardeuses du parcours d’émergence qui lui permet de se constituer en une oeuvre marquante dans sa littérature nationale, voire dans la littérature_» (2000, 4e de couverture), d’identifier les éléments qui font que certaines oeuvres deviennent «_emblématiques_» (Lapointe, 2008). J’étudierai dans ce volet de ma recherche le sort que l’institution littéraire franco-ontarienne a réservé à ceux qu’elle nomme affectueusement les trois D, soit Robert Dickson, Jean Marc Dalpé et Patrice Desbiens. Ce processus d’encensement de certaines oeuvres littéraires s’accompagne de l’occultation d’autres oeuvres, notamment les oeuvres produites par les femmes comme le montre Daniel Chartier au sujet de La Chair décevante de Jovette-Alice Bernier, Dans les ombres d’Eva Sénécal, et Cocktail de Yvette Ollivier Mercier-Gouin qui sont tombés dans les limbes de l’amnésie institutionnelle. J’analyserai donc la réception critique dont ont bénéficié (le terme est sans doute trop positif pour le sort qui a été le leur) les oeuvres écrites par des femmes durant les années 1970 et au début des années 1980. Ce projet de recherche s’appuie donc sur les méthodes déjà utilisées dans mes travaux antérieurs, notamment sur les théories de la réception, les études de l’institution littéraire et de la critique littéraire ainsi que sur les analyses des conditions d’existence propres aux «_petites_» littératures. Bien que toutes les théories de la lecture seront utiles, ce sont plus précisément les divers concepts liés au contexte de réception, tel celui de communauté interprétative (Stanley Fish) ou celui d’horizon d’attente (Hans Robert Jauss) qui me seront encore une fois les plus utiles. À travers ces trois étapes, ce projet permettra de dresser une histoire de la critique littéraire en Ontario français et par le fait de mieux comprendre les enjeux institutionnels liés à la réception critique des littératures minoritaires en général.

Étude réalisée dans le cadre de ce projet : La-chaîne-du-livre-en-Ontario-français-Un-état-des-lieux-3 (fichier PDF)

Identité, altérité et éthique en littérature franco-ontarienne (avec Johanne Melançon, Université Laurentienne) : 2006-2010

Cette recherche s’inscrit dans le renouveau des études sur la littérature franco-ontarienne et les littératures minoritaires en général qui cherchent désormais à aborder les œuvres en fonction de leur composante esthétique et qui remettent en question leur rapport à l’identitaire.

Depuis la célèbre définition de Gilles Deleuze et Félix Guattari des littératures mineures comme étant caractérisées par «_la déterritorialisation de la langue, le branchement de l’individuel sur l’immédiat-politique [et] l’agencement collectif d’énonciation_» (1975_: 33), les littératures minoritaires sont associées à l’engagement politique national des écrivains. On y voit d’abord et avant tout le lieu d’expression d’une collectivité qui affirme, dans ses œuvres littéraires, son identité, sa spécificité, qui y souligne les particularités de son rapport à l’autre majoritaire et dominant. Comme le remarque Annie Pronovost, la critique a dès lors privilégié, dans l’analyse des textes minoritaires, les «_données circonstancielles qui provoquent les situations minorisantes_: rapports de forces ethniques ou coloniaux, luttes de pouvoir, canons littéraires, rigidité ou faiblesse de l’institution, etc._». La littérature franco-ontarienne n’a pas échappé à cette lecture, bien au contraire.

Ce projet de recherche vise, dans un premier temps, à cerner la façon dont le discours critique définit la littérature et la chanson franco-ontarienne en relation avec l’identitaire tant dans son rapport à soi que dans son rapport à l’autre. Afin d’atteindre ce but, nous nous proposons d’analyser le discours critique sur la littérature franco-ontarienne en général, soit celui qui tente de la définir (notamment les articles de Laure Hesbois, Paul Gay, René Dionne, Yolande Grisé, Robert Yergeau) et surtout les textes de Fernand Dorais et François Paré, qui ont tous deux joué un rôle fondamental dans les études littéraires franco-ontariennes. Ces deux critiques abordent la littérature franco-ontarienne dans des essais qui se prêtent bien à l’analyse. Leur approche de la littérature s’appuie fortement sur une éthique humaniste que nous définirons et dont nous soulignerons les enjeux.

Dans un deuxième temps, nous analyserons une sélection de chansons, la chanson étant un vecteur identitaire important en Ontario français, et de textes littéraires franco-ontariens en y étudiant la représentation de soi et de l’autre. Chaque analyse de texte cherchera à identifier l’évolution et les modifications des paradigmes de l’identité et de l’altérité. Il s’agira en fait de s’interroger sur les concepts, de cerner les enjeux qui en découlent. Pour ce faire, nous aborderons le corpus en fonction de trois moments clés_: du début des années 1970 à la fin des années 1980, qui, avec l’avènement de la Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario, du théâtre d’André Paiement, de la poésie de Jean Marc Dalpé et Robert Dickson, des chansons de CANO, a donné naissance à la lecture identitaire; la fin des années 1980 qui, avec la publication de la pièce Le Chien de Jean Marc Dalpé (1987) et du roman L’Obomsawin de Daniel Poliquin (1987) ainsi que la chanson «_Notre place_» de Paul Demers (1989), marque un tournant dans la représentation du soi et de l’autre; enfin les années 1990, qui, avec le théâtre de Patrick Leroux, les romans de Didier Leclair, entre autres, de même que la musique de Kif-Kif, Conflit Dramatik ou Afro-Connexion redéfinissent la question de l’identité en se fondant sur des paramètres ou des groupes de référence autres que ceux qui étaient communément admis.

Au moment où la mouvance sociale, dans le contexte de la globalisation, nous oblige à redéfinir les notions d’identité et d’altérité, il s’avère important de réfléchir à la place qu’elles occupent dans la définition des groupes et des littératures minoritaires. Toute définition identitaire risque de conduire à l’exclusion et à la ségrégation. Toutefois, faire abstraction de l’identitaire, n’est-ce pas vouer le groupe à l’oubli? Aussi croyons-nous qu’une étude de la place qu’occupe le soi et l’autre dans le discours critique sur la littérature et la chanson franco-ontariennes permettra de mieux comprendre les enjeux auxquels font face les groupes minoritaires. La question de l’altérité et, conséquemment, de l’identité est au cœur même des débats contemporains. Elle s’avère d’autant plus pertinente dans le cas des groupes et des littératures marginaux qui sont à la merci de l’homogénéisation des cultures.

Ce projet a bénéficié d’un financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Lire l’Autre : réception interculturelle et éthique (2004-2009)

L’étude des relations entre les littératures minoritaires, la réception critique et l’établissement des canons est un domaine d’études des plus novateurs et surtout des plus importants en ce début de millénaire. Dans le contexte de la mondialisation, nous assistons à une homogénéisation des cultures, ce qui entraîne nécessairement une minorisation d’autant plus grande des cultures et des littératures minoritaires. Il s’avère donc essentiel d’analyser les enjeux liés au contexte de production et de réception des littératures minoritaires afin de mieux comprendre le fonctionnement de toute institution littéraire, mais aussi, et surtout, afin de saisir les rapports entre toute production littéraire et les forces hégémoniques des discours tenus sur la littérature.

Le but premier de cette recherche est d’éclairer deux éléments en particulier, primordiaux pour une meilleure connaissance des enjeux liés à la réception interculturelle. Le premier touche aux problèmes de lecture suscités par les textes minoritaires. Himani Bannerji les attribue aux «_gaps in meaning, missing edges_» propres aux textes marginaux. Le deuxième concerne les stratégies de lecture mises en œuvre par les lecteurs afin de contourner ou combler ces «_trous_». Ce dernier aspect nous oblige à réfléchir à la lecture dans une perspective éthique.

Ce projet a bénéficié d’un financement de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne (Université d’Ottawa).

Entre l’esthétique et l’identité : réception des littératures minoritaires. Le cas de la littérature franco-ontarienne (2001-2004)

L’objectif principal de ce projet de recherche est d’étudier les fondements épistémologiques de la critique littéraire par le biais d’une analyse de la littérature franco-ontarienne. Dans les études littéraires, il existe deux prises de position épistémologiques apparemment irréconciliables_: l’approche essentialiste et l’approche fonctionnaliste. En généralisant, on pourrait dire que la première s’intéresse d’abord à l’aspect esthétique de la littérature alors que l’approche fonctionnaliste s’élabore en tenant compte des critères sociologiques. Or, c’est justement le rapport de force entre ces deux approches que je me propose d’étudier. Pour cette étude, la littérature franco-ontarienne servira de corpus et de modèle. Les œuvres retenues sont toutes publiées entre 1970, date de l’émergence d’une littérature franco-ontarienne qui se réclame de ce nom, et 1999. De plus, elles appartiennent aux divers courants littéraires et émanent de différentes générations d’écrivains. Il s’agit des œuvres de Marguerite Andersen, Hélène Brodeur, Andrée Christensen, Jean Marc Dalpé, Patrice Desbiens, Patrick Leroux, Michel Ouellette, André Paiement, Daniel Poliquin, Gabrielle Poulin, Stefan Psenak.

Les objectifs secondaires sont d’abord d’identifier les rapports entre les thèmes et les approches privilégiés par la critique littéraire et ceux présents dans les textes eux-mêmes. Je tenterai ensuite de déterminer l’incidence de la réception sur la production littéraire. Il s’agira alors de voir si la valeur que la critique accorde à certains textes influe sur le genre de textes qui seront publiés ultérieurement et, surtout, de déterminer si ces nouveaux textes sont lus en fonction de critères préétablis.

J’examinerai, d’une part, les prises de position esthétiques et la place qu’occupe le socioculturel dans les textes franco-ontariens. D’autre part, j’étudierai le discours critique qui porte sur la littérature franco-ontarienne. Grâce à la banque de données que j’ai conçue et qui regroupe tous les textes critiques portant sur les œuvres franco-ontariennes retenues pour l’analyse, il me sera possible, par exemple, de déterminer si un thème est propre à un critique ou à un certain groupe de critiques, à quel moment certaines préoccupations sont apparues ou disparues au sein du discours critique, etc. Je pourrai ensuite confronter les composantes esthétique et culturelle dans les textes avec les éléments pris en compte lors de la lecture institutionnelle en Ontario français et ailleurs.

L’analyse sera axée sur quatre éléments socioculturels (la langue, la thématique identitaire, l’espace et le temps) dont la récurrence et les particularités, autant dans les textes littéraires que dans les textes critiques, permettent de croire qu’ils constituent les traits marquants de la littérature franco-ontarienne. Ces quatre éléments (l’espace, le temps, la langue et l’identité) servent à construire l’univers littéraire. À partir d’eux, il est possible d’élaborer une lecture sociologique des œuvres. Cependant, ces éléments jouent aussi un rôle à un autre niveau, soit celui de la structuration des textes et, partant, de leur signification interne autant que de leur fondement esthétique. Ainsi, ces éléments peuvent, à la fois, servir de fondement à une approche fonctionnaliste et à une approche essentialiste des textes littéraires.

L’étude des relations entre les littératures minoritaires, la réception critique et l’établissement des canons est un des domaines d’études des plus nouveaux et surtout des plus importants en ce début de millénaire. Dans le contexte de la mondialisation, nous assistons à une homogénéisation des cultures, ce qui entraîne nécessairement une minorisation d’autant plus grande des cultures et des littératures minoritaires. Il s’avère donc essentiel d’analyser les enjeux liés au contexte de production et de réception des littératures minoritaires afin de mieux comprendre le fonctionnement de toute institution littéraire, mais aussi et surtout afin de saisir les rapports entre toute production littéraire et les forces hégémoniques des discours tenus sur la littérature.

Ce projet a bénéficié d’un financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, du programme spécial de fonds d’amorçage pour nouveaux chercheurs en sciences sociales et sciences humaines et d’une bourse de recherche universitaire (Université d’Ottawa).

Entre l’esthétique et l’identité : réception des littératures minoritaires. Le cas de la littérature franco-ontarienne (2001-2004)

L’objectif principal de ce projet de recherche est d’étudier les fondements épistémologiques de la critique littéraire par le biais d’une analyse de la littérature franco-ontarienne. Dans les études littéraires, il existe deux prises de position épistémologiques apparemment irréconciliables_: l’approche essentialiste et l’approche fonctionnaliste. En généralisant, on pourrait dire que la première s’intéresse d’abord à l’aspect esthétique de la littérature alors que l’approche fonctionnaliste s’élabore en tenant compte des critères sociologiques. Or, c’est justement le rapport de force entre ces deux approches que je me propose d’étudier. Pour cette étude, la littérature franco-ontarienne servira de corpus et de modèle. Les œuvres retenues sont toutes publiées entre 1970, date de l’émergence d’une littérature franco-ontarienne qui se réclame de ce nom, et 1999. De plus, elles appartiennent aux divers courants littéraires et émanent de différentes générations d’écrivains. Il s’agit des œuvres de Marguerite Andersen, Hélène Brodeur, Andrée Christensen, Jean Marc Dalpé, Patrice Desbiens, Patrick Leroux, Michel Ouellette, André Paiement, Daniel Poliquin, Gabrielle Poulin, Stefan Psenak.

Les objectifs secondaires sont d’abord d’identifier les rapports entre les thèmes et les approches privilégiés par la critique littéraire et ceux présents dans les textes eux-mêmes. Je tenterai ensuite de déterminer l’incidence de la réception sur la production littéraire. Il s’agira alors de voir si la valeur que la critique accorde à certains textes influe sur le genre de textes qui seront publiés ultérieurement et, surtout, de déterminer si ces nouveaux textes sont lus en fonction de critères préétablis.

J’examinerai, d’une part, les prises de position esthétiques et la place qu’occupe le socioculturel dans les textes franco-ontariens. D’autre part, j’étudierai le discours critique qui porte sur la littérature franco-ontarienne. Grâce à la banque de données que j’ai conçue et qui regroupe tous les textes critiques portant sur les œuvres franco-ontariennes retenues pour l’analyse, il me sera possible, par exemple, de déterminer si un thème est propre à un critique ou à un certain groupe de critiques, à quel moment certaines préoccupations sont apparues ou disparues au sein du discours critique, etc. Je pourrai ensuite confronter les composantes esthétique et culturelle dans les textes avec les éléments pris en compte lors de la lecture institutionnelle en Ontario français et ailleurs.

L’analyse sera axée sur quatre éléments socioculturels (la langue, la thématique identitaire, l’espace et le temps) dont la récurrence et les particularités, autant dans les textes littéraires que dans les textes critiques, permettent de croire qu’ils constituent les traits marquants de la littérature franco-ontarienne. Ces quatre éléments (l’espace, le temps, la langue et l’identité) servent à construire l’univers littéraire. À partir d’eux, il est possible d’élaborer une lecture sociologique des œuvres. Cependant, ces éléments jouent aussi un rôle à un autre niveau, soit celui de la structuration des textes et, partant, de leur signification interne autant que de leur fondement esthétique. Ainsi, ces éléments peuvent, à la fois, servir de fondement à une approche fonctionnaliste et à une approche essentialiste des textes littéraires.

L’étude des relations entre les littératures minoritaires, la réception critique et l’établissement des canons est un des domaines d’études des plus nouveaux et surtout des plus importants en ce début de millénaire. Dans le contexte de la mondialisation, nous assistons à une homogénéisation des cultures, ce qui entraîne nécessairement une minorisation d’autant plus grande des cultures et des littératures minoritaires. Il s’avère donc essentiel d’analyser les enjeux liés au contexte de production et de réception des littératures minoritaires afin de mieux comprendre le fonctionnement de toute institution littéraire, mais aussi et surtout afin de saisir les rapports entre toute production littéraire et les forces hégémoniques des discours tenus sur la littérature.

Ce projet a bénéficié d’un financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, du programme spécial de fonds d’amorçage pour nouveaux chercheurs en sciences sociales et sciences humaines et d’une bourse de recherche universitaire (Université d’Ottawa).